Nena Savioz-Woreth - Rendez-vous épicurien

Article
Mardi 12 septembre 2017
Knut Schwander

Fière de ses racines terriennes, la lausannoise Nena Savioz est styliste à Paris. Avec sa marque de sacs, Heidi’s, des basics-chics distribués sur trois continents, elle sera présente au Swiss Fashion Point à Genève. Rencontre entre joyeux éclats de rire et récit de vie sans complaisance, dans la cave et sur la terrasse du Moulin de Cugy.

 

Néna Savioz-Woreth ne passe jamais inaperçue. Pourtant pudique et plutôt retenue au premier contact, elle a l’élégance naturelle et le rayonnement d’une star de cinéma des années 50. Une présence qui fait se retourner sur son passage les clients du Moulin de Cugy, en ce beau soir d’été.

Robe blanche et chignon à l’andalouse, Nena détecte immédiatement la finesse du chardonnay « La Colombe » de Raymond Paccot, choisi pour l’apéritif : «Mon grand-père avait une vigne en Valais. Jeune, j’ai passé tous mes étés dans cette vigne et à l’alpage. Et je garde un lien profond, un amour, pour le vignoble, la montagne et pour une forme de liberté alpestre qu’ils représentent à mes yeux».

Voila qui peut paraître inattendu venant d’une styliste établie à Paris et qui, en 2000, a lancé sa marque de sacs. Aujourd’hui, ses créations ne se vendent pas seulement dans l’élégant Bon Marché, à Paris, mais aussi dans des boutiques chics, et aux Etats-Unis, à Hong-Kong, au Japon via internet, sur le site www.heidis.fr. Le nom de sa marque, HEIDI’S rappelle pourtant clairement ce lien avec la Suisse et les Alpes. En Suisse, où l’on retrouvera d’ailleurs les sacs griffés HEIDI’S au Swiss Fashion Point à Genève, du 28 septembre au 1er octobre prochains.

 

Des créations simples qui dureront dans le temps

Ses créations ? Des sacs simples, minimalistes à certains égards, qui ne veulent pas être à la mode, mais incarnent une forme de basic branché : « Je créé ce qui me plait » résume la styliste. « Je vais toujours au plus simple avec des séries limitées, géométriques, pratiques aussi, qui pourront durer dans le temps». Parmi ses clientes fidèles, Isabelle Nanti (Tatie Danielle, Les Visiteurs, Mission Cléopâtre, La fabuleuse histoire d’Amélie Poulain...) suit et achète les collections de Nena depuis le début.

La collection de cet automne intègre de la fourrure. Non, pas de vison ou d’astrakan! Nostalgie helvétique oblige, c’est du mouton, de la chèvre, et de la vache qui ont été retenus pour répondre à l’imaginaire passionné de celle que se décrit non sans humour comme une « sorte de Gitane de luxe ».

De mère valaisanne et de père espagnol, Nena Savioz -Worethest née à Palma de Majorque. Mais c’est à Lausanne qu’elle passe son enfance et son adolescence. C’est aussi là qu’elle a fait toutes ses études. Aussitôt sa licence en poche, elle passe de la faculté des lettres au studio Berçot, la meilleure école de stylisme parisienne depuis 1954. C’est le rêve concrétisé : l’univers de la haute couture.

 

« J’avais l’impression d’être un cloporte »

Elle passe chez Montana, Paco Rabanne, Thierry Mugler. « Mais j’étais trop excentrique, ça  a mal passé » constate Nena. Lucide, elle réalise que la vie de petite main, ce n’est pas fascinant du tout : « J’avais l’impression d’être un cloporte, » lance-t-elle avec ce rire communicatif qui émaille son récit même pour décrire des situations difficile : « Ca m’a dégouté. Ce n’était pas pour moi ».

Déçue, mais jamais à cours d’idées, elle se tourne vers le cinéma, comme couturière et comme styliste. Elle réalise aussi quelques catalogues publicitaires, et participe à des tournages de films  en tant que costumière pour M6. Sa maison parisienne sert d’ailleurs de plateau de tournage! Il faut dire que le lieu est insolite et magique : une ancienne grange transformée en loft où s’épanouissent plantes vertes, chats et bien entendu les trois filles de Nena.

C’est là aussi là qu’elle installe son atelier, dans une pièce entièrement vitrée, sorte de jardin d’hiver plein de poésie, de dessins, de cuirs et d’accessoires. C’est là, surtout, qu’en 2000 elle lance Heidi’s.

 

Magie des lieux

Un lieu magique, donc, comme l’est aussi la la cave du Moulin de Cugy. Elle est installée dans les vieux murs de pierres de l’authentique moulin d’autrefois, aujourd’hui intégré à un restaurant lumineux, convivial et moderne. La particularité de cette cave, c’est qu’elle se visite et se découvre. En effet, les clients sont invités à y aller fureter et choisir leur(s) bouteille(s). Un concept original. Comme l’est le rêve de Nena : créer une ferme-boutique ici en Suisse, où elle vendrait de vêtements et des accessoires inspirés de ceux des paysans s’autrefois, sans le côté kitsch, mais en retrouvant une forme d’essentiel indémodable.

En attendant, ce soir-là, le choix de Nena se porte sur un Cayas de chez Jean-René Germanier: « C’est exactement le genre de vins que j’adore. Il sent la montagne et il me rappelle l’époque où je côtoyais Toto Morand, le fondateur de Pump it up, un valaisan, issu d’une famille de vignerons». 

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