Léa Romanens - Rendez-vous épicurien

Article
Mardi 24 septembre 2019
Pamela Chiuppi

L'heure du café a sonné au restaurant de la Fonderie, quand apparaît la flamboyante Léa Romanens, capitaine de Fri-Son, la salle de concert fribourgeoise logée à quelques pas de là.

Léa rejoint notre tablée à laquelle Léonard - The Voice (au centre) est déjà installé. Les présentations ainsi faites, la joyeuse dynamique de ce trio agrémentera la discussion de bout en bout.

Image: de g. à dr. Pamela Chiuppi, Léonard, Léa Romanens
 
Léa Romanens (à droite) déborde de passion! Son esprit positif et engagé cadre parfaitement avec les défis du monde des loisirs nocturnes. Cela fait bientôt 2 ans qu’elle a embrassé le rôle de Secrétaire Générale à Fri-Son, haut lieu des musiques alternatives en Suisse. C’est la plus grande salle romande bilingue (1300 places) et depuis 36 ans, elle accueille 50'000 spectateurs par an, un public constitué à parts égales de Suisses romands et alémaniques fans de musiques diverses et variées. Léa Romanens vogue sur les eaux instables du secteur de la musique en Suisse, un métier fait de passions et de relations et qui intègre naturellement l’esprit terroir.

L'humain au centre de tout

Pour Léa, gérer une association culturelle à but non lucratif est exceptionnel. A la fois gratifiante et usante, la vie haletante et marginale de ces travailleurs nocturnes grignote leur sphère personnelle, si bien que les structures bougent en permanence. Et c’est plutôt une bonne chose: "Les tendances évoluent si rapidement aujourd'hui" souligne Léa, évoquant le raccourcissement des générations et la difficulté d'anticiper les goûts fluctuants du jeune public. "Comme trentenaire, je vois que le public des 18-25 ans est orienté hip hop et rap, à nous de trouver avec les agences internationales les groupes qui rempliront les deux salles. Le rock, quant à lui, est en perte de vitesse." Léa investit son budget d'env. 2 millions CHF avec doigté. Elle s'appuie sur une équipe de 11 employés fixes et quelques 200 collaborateurs, "tous très impliqués dans la vie de Fri-Son". Répartis en env. 12 groupes de travail, les fourmis s'activent à la gestion et au bon déroulement des concerts et soirées. Parmi eux, mettons en lumière les agents de sécurité "maison" qui trouvent en Fri-Son un employeur attentif et une occupation qui leur permette de parer aux aléas de la vie. Une posture qui  contribue à l'attachement généralisé des collaborateurs à l'égard de Fri-Son."En tant que Secrétaire Générale, 50% des problématiques que je gère au quotidien sont des sujets RH." note Léa. Une chance que l'intéressée ait un sens du relationnel bien développé : « Pour moi, l'humain est au centre de tout ».

Les artistes aux petits oignons

Le milieu des loisirs nocturnes, comme celui de la gastronomie, est un cercle restreint. Dans cette niche, tout le monde se connaît. C'est dire l'importance du réseau, une approche que Léa maîtrise naturellement. Historiquement, des liens avaient été établis entre Fri-son et le milieu de la gastronomie. Par exemple, un partenariat est en vigueur avec les Vins du Valais, l'Interprofession de la vigne et du vin, dont le président est connu pour être un passionné de musique. Une belle opportunité pour les caves valaisannes de présenter leur travail artisanal. Les produits du terroir fribourgeois sont eux aussi mis en avant.

"A Fri-Son, nous aimons prendre soin des artistes. Par exemple, nous leur offrons le lavage de leurs vêtements, ce qui n'est pas un luxe lorsqu'on est en tournée. Côté restauration, nous profitons aussi de leur faire découvrir les vins suisses et les spécialités locales et régionales." se réjouit Léa. L’Yverdonnoise signale en passant ses préférences pour les vins du Nord-Vaudois, notamment les vins en culture raisonnée de Benjamin Morel, du domaine du Château de Valeyres à Orbe. Comme quoi l'esprit terroir s'infiltre dans toutes les sphères, même les plus improbables!
Du côté du public, le bar génère une bonne partie des recettes... mais le jeune public mise plus sur les minérales, les bières et les long drinks que sur le vin. "Je ne crois pas avoir jamais vu quelqu'un commander de vin au bar!" s'exclame Léa.

Des défis? Même pas peur!

Animée par des idéaux élevés - qui l'emmènent aujourd'hui à s'engager sur le terrain politique vert du Nord-Vaudois – Léa est fidèle à ses valeurs et sait garder un esprit pragmatique.

La problématique des addictions fait partie de la donne, dans un lieu de loisirs nocturnes. "Nous avons constaté les substances sont déjà consommées à l'arrivée des jeunes en salle."  indique Léa. Difficile de faire plus que de sensibiliser et de palier aux excès sur place. Le défi du voisinage s’amplifie avec la construction d'immeubles de logements étudiants, pile poil en face de la salle fribourgeoise, soulevant d’autres questionnements. L'avenir nous dira si ces nouveaux voisins seront charmés par l'offre culturelle de proximité, notamment la touche alternative qui constitue le canevas de fond de Fri-Son depuis sa création.

Car impossible de parler d’une salle de concerts sans aborder l’épineux sujet de la fréquentation, principale source de préoccupation au jour le jour. Remplir une salle de 350 ou 1300 places appelle l'expertise, et Léa peut s'appuyer sur sa solide expérience et sur celle de son réseau, connecté à l'international. En marge des groupes très spécifiques, des légendes comme Patent Ochsner pour les Alémaniques ou Bastian Baker pour les Romands, seront au programme cette saison, ainsi que les Fribourgeois Young Gods, bien connus du public suisse, contribueront assurément à attirer le public suisse à Fribourg.