Philippe Stutz - Rendez-vous épicurien

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Dimanche 25 juin 2017
Knut Schwander

Rêveur déterminé et créatif bouillonnant, Philippe Stutz est un communicateur hors pair. Mécanicien, puis créateur de machines, récemment devenu orfèvre, cet homme de théâtre est doué de ses mains et passionné de tout. Il nous dévoile ses projets palpitants autour d’un verre de vin lucernois.

« Là, il y aura mon établi » se réjouit Philippe Stutz, l’oeil brillant, le geste sûr. Parce qu’il le voit! Là où tous les autres ne voient qu’une pièce vide, en travaux, parquet éventré, plafond gris ouille, Philippe, lui, à déjà tout imaginé: un mur noir, un autre blanc, une photo mordorée d’un ami artiste et le lustre ancien, scintillant de cristal.  C’est là que s’ouvrira bientôt la nouvelle arcade lucernoise de cet orfèvre de 36 ans au parcours étonnant.

C’est comme si c’était fait. « D’ailleurs, je vais tout réaliser moi-même », ajoute ce dynamique jeune entrepreneur et artisan qui a déjà construit des décors de théâtre et même sa propre maison! Le meilleur moyen, sans doute, de s’approprier complètement sa future boutique-galerie-atelier du plein centre de Lucerne. Un lieu insolite et novateur, qui assurera une nouvelle vie à l’entreprise familiale que Philippe vient de reprendre.

A 32 ans, il apprend l’orfèvrerie...

Stutz Goldschmied existe depuis plus de 40 ans à Lucerne. C’est Peter Stutz, qui avait fondé l’entreprise, à deux pas du lac et du fameux pont en bois. Alors qu’il cherchait à transmettre son commerce, c’est son beau-fils, Philippe, qui s’est soudain présenté pour le reprendre. Seul bémol, Philippe n’était pas orfèvre, mais téchnicien à l’Institut Paul Scherrer de recherche pour les sciences naturelles et de l’ingénierie...  

Mais quand on aime, le temps et les efforts ne comptent pas. Et Philippe était fasciné par le métier de son beau-père. Alors il s’est lancé: «Nous venions d’emménager dans notre maison, avec Jasmin, ma femme. Mais elle n’as pas hésité à me soutenir et nous avons re-déménagé à Lucerne, où j’ai recommencé un apprentissage. A 32 ans ». Il est comme ça, Philippe: rien, ni personne, ne lui résiste.

... et découvre le vin

La preuve: alors que nous venions de trinquer, confortablement assis sur les banquettes du Lapin, le restaurant de l’Hôtel de la Paix, à Lucerne, le voilà qui interpelle le patron qu’il voit pourtant pour la première fois: «Il faut que je te présente ma sœur. Elle fait des vins extraordinaires, il faut absolument les goûter... », le tout avec ce regard sincère mais déterminé, à la fois rêveur et passionné. Vous l’aurez deviné, quelques gorgées de Terzett 2015 plus tard - un gouleyant pinot noir de Toni Oettiger, à Kastanienbaum, aux portes de la ville - l’affaire était entendue.

Le vin, Philippe a appris à l’apprécier avec son beau-père et avec Martin, son maître d’apprentissage, à Soleure: « C’est fascinant d’écouter des connaisseurs parler de la robe, du nez et des caractéristiques des vins», explique-il. Le tourbillon des déménagements et des changements de carrière ne lui ont certes pas encore permis de constituer une cave, mais cela ne l’empêche pas de s’intéresser à la dégustation. Notamment par le biais de sa sœur qui a fait du vin son métier.

Conteur, joailler et ambassadeur né

Elle s’appelle Ilona Thétaz  Avec Delphine Dubuis, elles ont fondé « Ozenit – Cave ensoleillée depuis 2013 », à Granges, en Valais. Et Philippe est aussi enthousiaste pour leur projet que pour le sien! Bien qu’il ne soit pas plus marchand de vin qu’il n’était orfèvre il y a peu, il est devenu leur meilleur ambassadeur spontané. Ainsi, l’air de rien, il a déjà placé Ozenit dans quelques unes des meilleures adresses de Zermatt où il aime passer ses vacances: « Je parle aux gens. Toujours. Mais au final, c’est la qualité qui fait la différence». Qualité du discours, du vin ou des bijoux, par exemple.

Car s’il est un conteur né, Philippe n’est jamais superficiel: «Je veux que chacun de mes bijoux, indépendamment de son prix, raconte une histoire authentique». Pour ça, il n’hésite pas à s’informer à la source: «On est partis au Sri Lanka, visiter les mines et rencontrer les mineurs, parce qu’ainsi je sais d’où viennent les pierres précieuses» explique-t-il.

Mieux, sa démarche, il l’applique aussi à que ses futurs clients. Afin qu’ils puissent à leur tour comprendre et s’approprier les bijoux qu’il va fabriquer pour eux, Philippe réfléchit à un moyen de les faire participer concrètement à l’élaboration des pièces... Exactement comme il entreprend lui-même les travaux de sa boutique, ou qu’il construit sa maison. Ni le bois, ni la pierre, ni le métal... ou le vin, ne résistent à sa vitalité.

www.goldschmied-stutz.ch

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